Non, ce n’est pas un volcan, mais un terril du Nord-Pas-de-Calais, classé à l’UNESCO, qui offre le plus beau panorama sur le bassin minier

Non, ce n’est pas un volcan, mais un terril du Nord-Pas-de-Calais, classé à l’UNESCO, qui offre le plus beau panorama sur le bassin minier

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Rédigé par Djemila

27 septembre 2025

Au cœur de l’ancien bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, deux silhouettes coniques se découpent sur l’horizon, évoquant des volcans endormis. Pourtant, ces montagnes ne sont pas l’œuvre de la nature, mais celle de l’homme. Les terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle, les plus hauts d’Europe, sont les témoins silencieux et majestueux de trois siècles d’histoire charbonnière. Aujourd’hui reconvertis en un espace naturel et mémoriel d’exception, ils offrent un point de vue saisissant sur un paysage façonné par l’industrie et désormais classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Découvrez les terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle

Des colosses de schiste

Les terrils 11 et 19, plus connus sous le nom de terrils jumeaux, dominent la plaine de Gohelle. Le plus élevé culmine à 186 mètres, soit une quarantaine de mètres de plus que la pyramide de Khéops. Ces deux géants sont le résultat de l’accumulation des stériles miniers, principalement du schiste, extraits de l’ancienne fosse 11/19 de la Compagnie des mines de Lens. Leur forme conique parfaite est le fruit d’un déversement méticuleux par des wagonnets sur voies aériennes, une technique qui a façonné leur profil si caractéristique. Ils représentent des millions de tonnes de roches remontées des entrailles de la terre durant des décennies d’exploitation intensive.

L’héritage de la révolution industrielle

L’histoire de ces terrils est indissociable de celle du charbon dans la région. L’exploitation minière, qui a débuté au 18ème siècle, a connu son apogée après la découverte du riche gisement d’Oignies en 1841. Les compagnies minières ont alors quadrillé le territoire, creusant des puits et érigeant ces montagnes noires qui sont devenues un élément emblématique du paysage. Les terrils jumeaux, édifiés au cours du 20ème siècle, sont parmi les plus jeunes et les mieux conservés de la région. Ils symbolisent à la fois la puissance de cette industrie et le labeur des milliers de mineurs, les « gueules noires », qui ont contribué à la prospérité économique du pays.

Chronologie clé du bassin minier

DateÉvénement
1720Découverte de la première veine de houille à Fresnes-sur-Escaut.
1841Découverte du gisement prolongeant le bassin minier à Oignies.
Années 1850Apparition des premiers grands terrils coniques.
1990Fermeture de la dernière mine de charbon de la région à Oignies.
2012Inscription du bassin minier au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Ces structures, nées de l’activité industrielle, ont acquis au fil du temps une nouvelle dimension, bien au-delà de leur fonction originelle de simple dépôt de résidus.

Un patrimoine mondial unique au cœur du Nord-Pas-de-Calais

La consécration par l’UNESCO

Le 30 juin 2012 marque un tournant majeur dans la perception de cet héritage industriel. Le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en tant que « paysage culturel évolutif vivant ». Cette reconnaissance internationale ne concerne pas seulement les terrils, mais un ensemble de 109 sites sur 353 qui témoignent de l’histoire minière :

  • Les fosses d’extraction et leurs chevalements.
  • Les cités minières, ou « corons », avec leur architecture typique.
  • Les infrastructures de transport comme les cavaliers miniers.
  • Les lieux de vie sociale et culturelle des mineurs.
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Cette inscription vient saluer les efforts d’une région pour préserver et valoriser une histoire complexe, transformant des cicatrices industrielles en atouts culturels et touristiques. Les terrils jumeaux en sont l’exemple le plus spectaculaire.

Un symbole de la reconversion écologique et sociale

Loos-en-Gohelle, la commune sur laquelle reposent les terrils, est elle-même un modèle de transition. Après la fermeture des mines, la ville a dû se réinventer. Dès 2004, elle a initié une démarche de développement durable via un Agenda 21, impliquant activement ses 6 850 habitants. Les terrils, autrefois perçus comme des « montagnes de la honte », sont devenus le fer de lance de cette transformation. Ils incarnent le passage d’une économie basée sur les énergies fossiles à un projet de territoire tourné vers l’écologie, la culture et la participation citoyenne. Le site de la base 11/19, au pied des terrils, est d’ailleurs devenu un pôle d’excellence du développement durable.

Ce statut patrimonial exceptionnel invite à la découverte, notamment en prenant de la hauteur pour contempler l’ampleur de ce paysage culturel.

Admirez le panorama exceptionnel du bassin minier

Une ascension accessible et gratifiante

Gravir l’un des deux terrils est une expérience en soi. Des sentiers aménagés en lacets permettent une montée progressive, bien que l’inclinaison des pentes reste un défi modéré. L’effort est rapidement récompensé par la beauté du paysage qui se dévoile pas à pas. Le sol noir de schiste crisse sous les pieds, contrastant avec la végétation pionnière qui a colonisé les flancs. En quelques dizaines de minutes, le sommet est atteint, ouvrant sur une vue à 360 degrés absolument unique et saisissante.

Un belvédère sur l’histoire et la géographie

Du sommet, le regard embrasse l’ensemble du bassin minier. On distingue clairement l’alignement des autres terrils qui jalonnent l’horizon, formant une chaîne de collines artificielles. Le panorama permet de comprendre l’organisation du territoire minier : les cités ouvrières aux toits de briques rouges, les anciens carreaux de fosse et les chevalements métalliques qui se dressent encore. La vue porte également sur des sites emblématiques plus lointains, comme le mémorial canadien de Vimy et sa crête, ou encore le stade Bollaert-Delelis de Lens, véritable temple du football local. C’est une lecture à ciel ouvert de l’histoire sociale, industrielle et géographique de toute une région.

Mais l’intérêt du site ne se limite pas à la contemplation de son panorama ; il est aussi devenu un terrain de jeu et de découverte pour de nombreux visiteurs.

Les activités à faire sur les terrils

Randonnée et balades nature

Les terrils jumeaux sont un lieu privilégié pour les amateurs de marche. Plusieurs sentiers balisés permettent de parcourir le site, que ce soit pour une simple balade digestive ou une randonnée plus engagée. Le célèbre sentier de grande randonnée GR 121 traverse d’ailleurs le site. Les parcours offrent des ambiances variées, entre les pentes abruptes et arides exposées au soleil et les versants plus ombragés où la forêt commence à s’installer. C’est une immersion dans un environnement en constante évolution.

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Sport et sensations

Pour les plus sportifs, les pentes des terrils constituent un excellent terrain d’entraînement pour le trail. De nombreux coureurs viennent y travailler le dénivelé. Le site accueille également régulièrement des événements sportifs, comme des courses ou des randonnées VTT. L’immensité du lieu et son relief en font un stade naturel à ciel ouvert, offrant un cadre spectaculaire pour la pratique sportive et le dépassement de soi.

Ces pratiques sportives et récréatives doivent cependant se faire dans le respect d’un environnement naturel qui a su se développer dans des conditions pourtant difficiles.

Préserver la biodiversité des terrils

Un écosystème unique en son genre

Contre toute attente, ces collines de résidus miniers sont devenues de véritables refuges pour la biodiversité. Le sol noir, pauvre en nutriments mais qui emmagasine fortement la chaleur, a créé un microclimat quasi méditerranéen sur les versants sud. Cela a permis l’installation d’une flore et d’une faune spécifiques, souvent rares dans la région. On y trouve :

  • Des plantes pionnières adaptées aux conditions extrêmes.
  • Des pelouses sèches abritant des orchidées sauvages.
  • Une grande variété d’insectes, dont des criquets et des papillons peu communs.
  • Des oiseaux comme l’alouette lulu ou l’engoulevent d’Europe.

Cette richesse biologique est le résultat d’une reconquête naturelle fascinante, où la vie a repris ses droits sur un substrat industriel.

La nécessité d’une protection active

Cet écosystème reste cependant extrêmement fragile. Le piétinement hors des sentiers balisés peut endommager la végétation et perturber la faune. La gestion du site, assurée par des organismes de protection de la nature, vise à concilier l’accueil du public et la préservation de ce patrimoine naturel. Des actions sont menées pour lutter contre les espèces invasives et pour favoriser le développement des espèces locales. Le respect des consignes par les visiteurs est donc primordial pour garantir la pérennité de cet équilibre écologique unique.

Pour profiter de ce spectacle naturel et historique, quelques informations sont utiles afin de préparer au mieux sa venue.

Accès et informations pratiques pour votre visite

Se rendre sur le site 11/19

Les terrils jumeaux sont situés sur la commune de Loos-en-Gohelle, à proximité de Lens. Le site est facilement accessible en voiture, avec un grand parking gratuit disponible à la base 11/19, rue de la Fosse 11. Pour ceux qui privilégient les transports en commun, des lignes de bus desservent la zone depuis la gare de Lens. L’accès aux sentiers de randonnée est libre et gratuit tout au long de l’année, permettant une découverte en toute autonomie.

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Conseils pour une visite réussie

Afin de profiter pleinement de votre expérience, quelques recommandations s’imposent. Il est conseillé de porter de bonnes chaussures de marche, car les sentiers peuvent être glissants et le schiste instable par endroits. Pensez à emporter de l’eau, surtout en été, car les pentes exposées au soleil peuvent être très chaudes. Un appareil photo est bien sûr indispensable pour immortaliser les panoramas exceptionnels. La meilleure période pour la visite s’étend du printemps à l’automne, lorsque la météo est plus clémente et que la nature est la plus luxuriante.

Les terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle sont bien plus que de simples vestiges industriels. Ils sont la preuve vivante d’une métamorphose réussie, transformant un paysage marqué par le charbon en un espace de mémoire, de nature et de loisirs. En gravissant leurs pentes, le visiteur ne fait pas qu’admirer un panorama ; il parcourt les pages d’une histoire régionale intense et observe la résilience remarquable de la nature, le tout sous le sceau prestigieux de l’UNESCO.

Djemila

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